• Clara Léonet

OUTSIDE IN • Expo Kinograph x Julien Playout

Dernière mise à jour : févr. 17

Si la salle du Kinograph s’ennuie de vous depuis plus de deux mois, elle a pu retrouver un peu de vie grâce à la visite de Julien Playout, étudiant en photo fraîchement débarqué à Bruxelles. Notre rencontre aboutit sur une exposition, OUTSIDE IN, à venir voir au Kinograph du 22 au 24/01. Mais avant ça, retour sur son projet et les images prises au Kino.

© Julien Playout

Salut Julien ! Qui es-tu, que fais-tu ?

Je m’appelle Julien Playout, j’ai 21 ans et j’étudie la photographie depuis trois ans. J’ai fait un BTS à Paris et maintenant je suis à l’Erg à Bruxelles, où je suis arrivé en septembre. J’ai commencé la photo en prenant des images de manifestations à Paris, vers 2017 – peu après l’élection de Macron, pour restituer dans le contexte politique français.


Tu nous as contactés dans le cadre d’une série où tu projettes des photos d’actualités dans des salles culturelles vides. Peux-tu nous expliquer comment ce projet est né ?

J’ai commencé à travailler dessus il y a un peu plus d’un an. À la base, c’est mon projet final de BTS. On nous avait assigné un sujet : le jeu. À partir de là, on devait développer des séries de photographies.


J’ai eu envie d’explorer le mélange entre jeu et réalité. J’avais fait des recherches sur la suspension de l’incrédulité qui acte le fait que lorsqu’on dans une salle de cinéma, on est un peu dans un monde parallèle : on s’immerge dans le film et on ne pense plus trop à l’extérieur. Je voulais remettre ça en cause avec les images de manifestations que j’ai produites en les projetant directement dans des salles de cinéma ou de théâtre (et non sur l’écran ou la scène).

©Julien Playout

À ce moment-là, je faisais des photos de manifs depuis trois ans et j’en étais fatigué. Non seulement aller en manif devenait éprouvant (avec le mouvement des gilets jaunes, la tension et la violence étaient montées d’un cran lors de l’année écoulée), mais au final les images que j’en tirais me paraissaient lambda et je m’interrogeais sur l’intérêt de la photo de manifestation en tant que média aujourd’hui. Dans les années 60 par exemple, le photographe suit toute la manifestation puis il rentre chez lui, développe son film, fait une sélection et envoie les images au journaliste avec qui il a un lien direct et auprès de qui il témoigne…


Aujourd’hui, forcément, on est dans l’instantané. Sur chaque manifestation, il y a des centaines de photographes, ce qui crée une sorte de compétition : premier envoyé, premier posté. Certains appareils photos sont connectés et envoient les images directement, au moment même où elles sont prises. Conclusion : on en voit défiler plein, la mise en contexte est quasi nulle et d’un point de vue informatif ça n’apporte pas grand-chose. Dans le pire des cas, elles peuvent même être trompeuses et montrer quelque chose qui ne s’est en fait pas produit, comme récemment lorsque l’AFP a publié la photo d’un policier en feu (il s’agissait en fait d’un effet d’optique !).


Bref, retravailler mes photos de manifs me permettait de mieux me les approprier et de questionner notre rapport à cette illustration de violence qui semble s’être banalisée – la salle vide représentait aussi ça, un manque de réaction.


Début 2020, je commence à prendre ces photos dans des salles à Paris.


Et après arrivent le coronavirus et le confinement…

Oui ! Mon sujet commençait à vraiment prendre forme vers mars et ça s’est coupé d’un coup, je ne pouvais plus aller dans les salles pour prendre des photos. J’ai recommencé les séances photos en arrivant à Bruxelles, avec le Kinograph.

© Julien Playout

Pour des personnes qui découvrent ton projet maintenant, les photos ont une résonance toute particulière – les salles culturelles vides qui contrastent avec des images de manifestations et de policiers suréquipés, c’est comme un concentré de 2020.

C’est pour moi aussi un vrai changement dans la vision que j’en ai. D’un exercice scolaire, avec des contraintes imposées par un jury, je me suis réapproprié cette série en allant chercher plus loin.


Forcément, au début je n’avais pas cette intention de parler de la salle vide en tant que telle, mais maintenant c’est un message qui vient se superposer à celui de base. Les deux s’imbriquent très bien, d’autant plus qu’à l’approche des fêtes de fin d’année on a senti monter de plus en plus une certaine forme de contestation dans le monde culturel - pourquoi les cinémas sont fermés alors que les magasins sont bondés? J’avais tout ce contexte en tête au moment de prendre les photos au Kinograph. La photo « Macron m’a tué » projetée sur le plafond par exemple, c’est très littéral, mais ça donnerait presque l’impression que c’est la salle qui crie….

© Julien Playout

Quels sont tes projets pour la suite ?

Faire découvrir ce projet en grandeur nature! Lors de la séance photo dans la salle du Kinograph, qui est très grande, je me suis dit que ce serait chouette de faire découvrir le projet non seulement à travers les photos que je prends, mais aussi directement dans la salle. Il y a une ambiance particulière lorsqu’on voit ces projections en grand, quand on se déplace autour,…L’installation aura lieu du vendredi 22 au dimanche 24/01 et aura pour titre OUTSIDE IN.



Propos recueillis par Clara Léonet,

co-responsable du Kinograph

Plus d’infos sur l’exposition “OUTSIDE IN” :


- Sur l'événement Facebook

- Sur notre site internet

Retrouvez Julien Playout sur Instagram : @julien.playout


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