• Maëlle Rey

Le lockdown vu par Bruno Dias Ventura

Depuis bientôt un an, Bruno photographie des lieux sans vie. Que cela soit des bars bien connus à Bruxelles ou des lieux culturels, tous ont été désertés pendant les deux confinements mis en place par le gouvernement belge dans le cadre des mesures sanitaires. Des décisions basées sur des raisonnements "purement logistiques, régaliens et précipités", selon le photographe. On vous invite à découvrir son travail.


Bonjour Bruno ! Peux-tu te présenter ?

Je m'appelle Bruno Dias Ventura. Je suis photographe à Bruxelles. Je suis d'origine franco-portugaise mais j'ai fait mes études ici donc je me suis installé. D'habitude, je travaille en photographie avec des études sociologiques, urbaines, pour des cabinets d'architecture. Je fais beaucoup de documentaires urbains ou architecturaux. Je fais un peu de reproduction d'art donc j'ai une sorte d'approche photographique déjà professionnellement assez objective et assez claire, pas très artistique ni texturée. Je ne l'utilise pas comme un médium artistique pour montrer quelque chose, j'essaye d'être assez objectif sur ce que je vois. Et c'est ce qui m'a poussé à faire cette série.


Quel a été le point de départ de cette série de photographies ?

Pendant le premier confinement, je me suis retrouvé, un peu comme tout le monde, en baisse d'activité. Et de plus en plus maintenant avec le second car la photo est un service qui coûte cher et dans un contexte d'insécurité économique, les boites se restreignent. Je me suis mis à photographier, un peu pour moi, dans la rue, à essayer de choper de nouveaux lieux, surtout pendant le premier confinement car la ville était complètement vide. Après, pendant le second confinement, la configuration a un peu changé parce que la ville était de nouveau habitée. Mais pas les lieux de culture, ni l'HORECA, ni les clubs, ni tous ces lieux de société, de service, de mode de vie collective. Ils ont complètement été vidé et déserté et même aujourd'hui, on les oublie, de nos habitudes en tant que personne et on les oublie aussi du débat politique et médiatique. On s'est concentré sur l'urgence sanitaire et plus sur l'urgence sociale, économique.

Et concrètement, comment cela a-t-il commencé à se mettre en place ?

En fait, j'ai fait cette première série où je me suis borné juste aux espaces urbains. Et il y a eu un appel à projet pour une exposition collective à Bruxelles, menée par Act Exhibition et le sujet, c'était : "un artiste bruxellois qui ait produit quelque chose pendant le confinement en rapport avec le confinement". En soumettant le travail, j'ai réfléchi et j'ai trouvé ça trop bête de se limiter aux espaces urbains parce que maintenant, ça fait presque un an qu'il y a d'autres lieux qui sont complètement fermés, qui n'ont pas du tout d'activités économiques. Ou alors qui en ont eu mais de manière succincte, très rapidement, ça ne leur a pas permis de reprendre. J'ai commencé par l'HORECA parce que c'est là où j'avais le plus de réseau. En travaillant sur ces photographies, je me suis dit qu'il fallait que je fasse les clubs. Et puis après, je me suis dit qu'il n'y avait pas qu'eux, il y avait aussi les cinémas, les théâtres. Et en fait, j'ai commencé à prospecter partout et au fur et à mesure, quelques portes se sont ouvertes. Cela m'a permis, de contact en contact, d'avoir d'autres lieux et là, maintenant, je suis toujours à la recherche de nouveaux endroits mais toujours à Bruxelles, pour un choix logistique à la base mais en fait, cela permet de cristalliser ce qui se passe au sein d'une ville. Je me sentais aussi très privilégié de pouvoir voir ces lieux alors qu'ils sont fermés. Je voulais donc les transmettre. Et à chaque fois que les gens les voient, il.elle.s ressentent une sorte de nostalgie.


Ces images d'endroits vides disent beaucoup de choses. Quand tu les as réalisées, était-ce pour faire passer un message ou le message est-il venu naturellement en prenant les images ?

Le message est venu en prenant les images. Au début, c'était presque aussi opportuniste en tant que photographe d'architecture, en me disant : "Ah, bah là, il y a un super sujet à exploiter ! Et je vais peut-être avoir la chance, via cette excuse-là, de rentrer dans de superbes lieux et d'avoir le temps de les photographier.". En fait quand je suis allé sur les lieux, et que je me suis retrouvé tout seul dans des salles qui peuvent accueillir plusieurs centaines de personnes, et de ne pas voir d'activités, de ne pas voir d'ambiance, qu'ils soient complètement nus, moi aussi j'ai eu cet esprit très nostalgique. C'est comme ça que j'ai composé mes photos, de manière hyper frontale. Et je me suis rendu compte qu'à chaque fois, ces photos parlaient d'elles-mêmes. Ces lieux-là sont clairement faits pour accueillir du monde, pour être remplis de vie.

En fait quand je suis allé sur les lieux, et que je me suis retrouvé tout seul dans des salles qui peuvent accueillir plusieurs centaines de personnes, et de ne pas voir d'activités, de ne pas voir d'ambiance, qu'ils soient complètement nus, moi aussi j'ai eu cet esprit très nostalgique.

Pour terminer, peux-tu nous dire où et quand voir tes photos ?

Il y a une exposition menée par Act Exhibition intitulée Art confiné temporaire. Le vernissage a lieu le 18 mars, qui est la date anniversaire du premier confinement. Pour que tout le monde puisse y avoir accès, le dispositif d'exposition va être un peu particulier puisqu'il aura lieu dans la rue. Une rue du centre-ville, appelée la Rue des Éperonniers. Ils vont utiliser plusieurs vitrines, des commerces qui ont été fermés ou qui ont très récemment réouverts pour exposer les différents artistes. Chaque artiste aura une vitrine dans laquelle il.elle expose une partie de son travail.



Propos recueillis par Maëlle Rey

Plus d'infos sur Bruno Dias Ventura :


- Sur son site internet

- Sur Instagram

- On parle également de Bruno Dias Ventura dans la Libre Belgique

142 vues0 commentaire

Posts récents

Voir tout