• Thibaut Quirynen

K comme KINO…

Tandis que nos amis de Médor se penchent dans leur dernier numéro sur la question de l’omniprésence du ‘K’ « dans le paysage institutionnel et commercial belge  », il est sans doute temps pour nous d’apporter une tentative de réponse à cette interrogation légitime : au fait, pourquoi le Kinograph ?

À l’origine du Kinograph, une idée née au sein d’une bande d’amis il y a quelques années : recréer à Bruxelles une offre de cinéma de proximité, hors du centre-ville et dans un esprit collaboratif. Cette idée a mené à la création de la coopérative CinéCité, dont le projet est présenté sur notre site web (plus mis à jour depuis longtemps on le reconnaît !).


Lorsqu’à l’été 2018, on a découvert l’ancien auditorium des Gendarmes (plus précisément, de l’École Royale de Gendarmerie) suite à l’AMI (Appel à Manifestation d’Intérêt) lancé par la SAU (Société d’Aménagement Urbain), on a évidemment flashé. Comment était-il possible que cette salle de plus de 400 places ait échappé à nos radars, ainsi qu’à ceux des historiens spécialisés dans le patrimoine des anciennes salles bruxelloises ? Sans doute parce que jusque-là, elle n’avait jamais connu d’exploitation publique…


© SAU-MSI

Une chose est sûre : on est loin du faste des salles du centre-ville, où le cinéma, pour s’affirmer en tant que lieu d’exception, a fait appel à des architectes de renom afin d’imaginer des écrins de luxe destinés au spectacle cinématographique [1]. Ici, c’est plutôt l’esprit Berlin, celui de l’avant chute du mur (tel que le Kino International), et plutôt Est que Ouest ! Il faut le reconnaître : c’est brut, massif, voire un peu intimidant au premier abord. Tout ça nous a rappelé un trip entre potes de CinéCité où on était parti sur les traces des anciens cinémas berlinois (dont Jérémy Plateau, du bureau ICI Architectes qui dessinera la future devanture et bar du Kinograph), et qui nous avait pas mal inspiré.


Et donc là, oui, première évidence : notre cinéma devra être un « Kino » - cinéma en allemand - pas seulement une question d’architecture, mais aussi d’état d’esprit. Un ciné branché, oui, mais pas dans le sens « branchitude », plutôt dans le sens « branché » à l’actualité du – ou plutôt des – cinéma(s), de ce qui fait encore son intérêt et sa pertinence dans notre époque saturée d’écrans. Branché sur les films qui parlent de ce drôle de monde qui nous entoure, ou qui justement nous semble si lointain. Sur un public qui, lui-même, parvient à se brancher à une programmation défricheuse, parfois exigeante, mais pas snob, et aux spectateurs et/ou bénévoles qui peuvent se brancher à l’issue d’une projection, autour d’un verre ou lors d’un débat d’idées.


Mais KINO tout seul, c’était un peu court… Lorsqu’il a fallu se pencher sur l’identité graphique du lieu, on est tombé sur une photo assez dingue : des cavaliers de la maréchaussée, tous sabre levé dans la grande cour des Casernes. Une imagerie à nouveau pas très déconne, mais qui en ravive d’autres : sur la photo, derrière les chevaux en rang d’oignon, on distingue un manège (l’actuelle grande Halle de SeeU). Mais oui, voilà : un manège, des chevaux en mouvement, des mouvements captés en photos que l’on recompose par la suite, ça fait quoi ? Ça fait CI-NÉ-MA.



© Perspective.Brussels

Toutes ces idées nous replongent dans la chronophotographie, cette invention du physiologiste français Étienne-Jules Marey, fin du XIXème, qui précéda celle du cinématographe des Frères Lumière. En 1878, un photographe britannique, Eadweard Muybridge, parvient avec cette technique à décomposer le mouvement du cheval au galop, grâce à 24 appareils photos successifs, et confirmer ainsi une intuition vieille comme le monde mais imperceptible à l’œil nu : au galop, un cheval se trouve forcément à un moment les quatre fers en l’air. Bref, pari gagné, et pas mal d’années de fun en perspective pour Eadweard, qui s’est mis à photographier tout ce qui bougeait [2].


Pour le Kinograph, on a opté pour la reproduction des mouvements d’un mulet [3] : mi-âne, mi-cheval. De la tenue, mais avec un côté espiègle qui nous correspond bien aussi !


Bref, nous-y voilà. L’esprit KINO, le futur cinématographe, faisons-en un KINOGRAPH(E), mot-valise un peu bâtard, ni tout à fait allemand, ni français, et encore moins anglais. Avec ou sans E me direz-vous ? Plutôt sans E. Histoire d’ajouter une pointe de mystère et de souligner l’ouverture du cinéma aux non-francophones. D’ailleurs, le cinéma de nos fantasmes (à NYC), ne se nomme-t-il pas le Metrograph ?


On te rassure, si tu es un habitué, tu peux aussi l’appeler par son petit nom, on ne t’en tiendra pas rigueur. De notre côté on sait qu’on abuse un peu à le décliner à toutes les sauces (KinoCult, KinoBar, KinoKonfiné…), c’est plus fort que nous. Mais ne dit-on pas « Kino dit mot konsent » ?




Thibaut,

co-responsable du Kinograph et coordinateur de CinéCité.

[1] On vous renvoie à l’excellent livre d’Isabelle Biver, « Cinémas de Bruxelles » (CFC Editions, 2020).

[2] Le tout est compilé dans un très beau livre Taschen pour les amateurs.


© Pierre-Yves Jortay

[3] Que l’on retrouve sur nos t-shirts, totebags & co : instant pub ici !



193 vues0 commentaire

Posts récents

Voir tout
  • Facebook Kinograph
  • Instagram Kinograph