• Maëlle Rey

AMENICLAP : EP01 - les chefs opérateurs

Tous les dimanches, l'émission AMENICLAP est en direct sur la radio Pulse Air, installée trois étages au-dessus du Kinograph. Charles et Chloé interviewent différents acteurs.trices du monde du cinéma. Retour sur le best-of de leur toute première émission, avec trois grand.e.s chef.fe opérateurs.trices belges : Virginie Saint-Martin, Benoît Debie et Hicham Alaouié.


Mais avant de rentrer dans le vif du sujet, qu'est-ce qu'un.e chef.fe opérateur.trice - également appelé directeur.trice de la photographie ? C'est le.la chef.fe du service de l'image lors d'un film. Il.elle est le responsable créatif et technique de la qualité de l'image et des prises de vues sur le tournage. Il.elle s'occupe de concevoir l'esthétique de l'éclairage. Benoît Debie est connu pour des films de Gaspar Noé tel que Climax ou Irréversibles mais il a également, entre autres, travaillé sur le film Spring Breakers. Virginie Saint-Martin a, elle, été directrice de la photographie sur Mon Ket de François Damiens, L'enfant des frères Dardennes et bien d'autres. Quant à Hicham Alaouié, il a travaillé récemment sur Eté 85 de François Ozon et Duelles d'Olivier Masset-Depasse. Dans cet extrait, il.elle.s abordent le rapport entre les acteurs.trices et la caméra.

© Rectangle Productions

Quelle est la place de l'acteur.TRICE face à la caméra ?


Chloé : Pour servir le film, la collaboration avec le.la comédien.ne est-elle primordiale pour vous ou vous pensez que cette charge de travail est plutôt réservé à le.la metteur.e en scène ?


Virgnie Saint-Martin : Moi, évidemment, je suis une femme donc les comédiennes me voient différemment. Les femmes ont une confiance en la femme. Je travaille beaucoup avec des actrices plus âgées. Il y a cet espèce de truc "tu me comprends". Et je trouve que ce n'est pas à nous d'intervenir sur le jeu des comédien.ne.s. Si on prend cette place-là, c'est une catastrophe. Moi, je m'interdis d'aller parler aux comédien.ne.s, je passe toujours par le réalisateur.

Virginie Saint-Martin sur le tournage de Marie Heurtin. © Laurent Bourlier

Chloé : Donc, vous adaptez la caméra aux comédien.ne.s et pas l'inverse ?


VSM : Bien sûr. C'est comme quand vous cuisinez. La dernière chose qu'il reste, c'est ce qu'il reste dans votre assiette. C'est les comédien.ne.s devant nous, c'est les comédien.ne.s à l'écran. Vous pouvez faire la plus belle lumière que vous voulez, les plus beaux cadres que vous voulez, si les comédien.ne.s sont une catastrophe, c'est un film de merde. Après, je fais beaucoup de films d'auteurs donc c'est encore particulier. Mais même quand j'ai fait des films qui n'étaient pas d'auteur, des grosses comédies, et des choses comme cela, il n'y a qu'eux qui restent. Il faut leur donner ce confort-là, cette place-là. Et je trouve que l'on fait un métier très compliqué parce qu'on a toujours le cul entre deux chaises et surtout, on est toujours la plus grosse équipe sur le plateau. L'équipe image est une grosse équipe. Si on prend le plateau en otage, c'est terminé. C'est vrai qu'on a des réalisateurs qui ont chacun leur personnalité, leur caractère, on a des sensibles, on a des timides, des angoissés, des hyper directifs. C'est à nous d'adapter, pas seulement notre propre personnalité, mais adapter toute notre équipe à ça. Et donc, au bout du compte, rendre les comédien.ne.s à l'aise sur le plateau. On est là pour les filmer, pour les éclairer.


Chloé : Et quand il y a de l'improvisation, comment vous vous adaptez à ça ?

Hicham Alaouié : C'est tout le mystère de notre travail. Il faut anticiper sans canaliser, il faut s'adapter, il faut travailler avec mais pas diriger. C'est ça qui est intéressant, aussi. Si on savait chaque jour ce qui allait se passer, ce serait à chaque fois pareil. Là, même entre les prises, il peut se passer des choses différentes. On peut changer un peu de lumière entre deux prises, on peut discuter, on peut dire est-ce qu'éventuellement, cela ne serait pas mieux de se déplacer par là ? Mais d'un film à l'autre, ça change, d'un réalisateur à l'autre, ça change, d'un acteur à l'autre, ça change, d'un chef opérateur à l'autre, ça change. Je pense que c'est ça qui est passionnant. En fait, à chaque fois c'est différent.


Benoît Debie : Ce qu'il se passe parfois, j'ai déjà eu le cas de figure, c'est que les acteurs connaissent tellement bien leur métier et la caméra, que ça devient une collaboration entre le chef opérateur, l'acteur et le metteur en scène. Et ça devient comme un groupe. L'acteur joue avec la caméra et la caméra joue avec lui. Et donc, ce sont des moments assez incroyables. On a une souplesse tous ensemble. L'acteur voit aussi la lumière, les espaces, etc. Et donc, il emmène la caméra aussi par son déplacement à des endroits super intéressants. Ou il essaye aussi de collaborer avec le chef opérateur pour que le chef opérateur l'emmène dans des endroits qui l'intéresse aussi. J'ai déjà eu des acteurs comme ça qui étaient très très précis dans leur jeu et qui connaissaient très bien la technique. Ils savaient même, quand on mettait une optique à grand angle ou serrée sur la caméra, ils voyaient directement comment ils pouvaient jouer avec la caméra, à quelle distance se placer. Et du coup, ça devient une danse entre la caméra et l'acteur.


VSM : C'est passionnant, c'est des acteurs de cinéma. Mais c'est vrai que même en Belgique, il y en a qui connaissent par coeur la caméra. C'est un travail presque de séduction, en fait. C'est super gai, des acteurs qui connaissent la caméra. Pour nous, c'est un grand plaisir. Moi, je les remercie. Dernièrement, il y a eu Nicolas Duvauchelle sur Une sirène à Paris. Je me disais : "Mais quel bonheur !". Ce type connaissait la caméra. Donc, du coup...


BD : Ça devient facile, en fait.


VSM : Oui, ça devient moins technique.


BD : Et il faut leur permettre aussi, en tant que technicien, de pouvoir se déplacer dans l'espace. Et ça, c'est ce que j'ai appris, moi, avec le temps. C'est de leur permettre de bouger et de ne pas les serrer dans un espace de champ où il y a un drapeau à gauche, un drapeau à droite. Donc, j'essaye de limiter la technique au maximum pour qu'ils puissent justement jouer dans l'espace qui leur est donné.

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