• Maëlle Rey

AMENICLAP : Ep. 03 - les mixeur.se.s sons

Tous les dimanches, l'émission AMENICLAP est en direct sur la radio Pulse Air, installée trois étages au-dessus du Kinograph. Charles et Chloé interviewent différents acteur.ice.s du monde du cinéma. Retour sur le best-of de leur troisième émission sur les mixeur.se.s sons avec deux invités : Philippe Baudhuin et Alek Goosse.

© UGC

Avant d'entrer dans le vif du sujet, nous allons revenir sur le métier de mixeur.se son. Leur rôle est de mélanger, équilibrer, harmoniser toutes les pistes sonores, tout en respectant la situation des scènes du film et la position de la caméra au moment du tournage. Par exemple, la voix des acteurs devra être plus ou moins forte ou claire selon le lieu de l’action ou le cadrage du plan. Cela fait partie de la post-production d'un film. Son travail donnera la bande sonore finale de celui-ci.


Philippe Baudhuin a notamment mixé Cowboy de Benoît Mariage et Trouble de Harry Cleven. Alek Goosse a, lui, mixé Les Fourmis rouges de Stephan Capiaux et, plus récemment sorti, Cuban Network d'Olivier Assayas.



LA DIFFUSION EN SALLE DE CINéMA et en télévision


Charles : Je voudrais parler avec vous de la diffusion des films dans les salles de cinéma mais aussi à la télévision. Pour prendre un exemple, lorsque je suis allé voir Dunkerque en iMax et TENET à l'UGC De Brouckère, j'ai eu mal aux oreilles. Peut-être parce que je suis trop sensible mais je suis obligé d'avoir un casque à réducteur de bruits sinon je ne sais pas regarder le film. À quoi est-ce dû ? Est-ce le film qui est comme ça ou est-ce l'installation sonore des cinémas qui pose problème ?


Philippe Baudhuin : Je crois que le problème, c'est que les projectionnistes doivent écouter le film avant de le diffuser. Je crois qu'ils doivent avoir plus de compétences qu'avant dans le sens où ils doivent eux-mêmes prendre un parti pris en fonction des gens ou du spectateur qu'ils espèrent drainer. Avant, il y avait les règles d'écoute. C'est-à-dire qu'on mettait un bruit rose, c'est un bruit uniforme, qui devait être mis à un certain niveau sonore en fonction du niveau qu'il y a sur la bande. Cela fait que, normalement, quand on était dans un auditorium de mixage, on était censé retrouver, à défaut de la même couleur parce que les haut-parleurs ne sonnent jamais pareil - l'acoustique d'un lieu non plus - mais on devait retrouver plus ou moins les mêmes sensations que ce qu'on avait dans l'auditorium de mixage dans la salle de cinéma. Mais il se fait que souvent, ce n'était pas le cas. Et donc, souvent, les réalisateur.ice.s étaient déçu.e.s. Et les monteur.se.s sons et les mixeur.se.s étaient déçus du passage en salle. Ils le sont souvent encore d'ailleurs, j'en suis sûr.


Alek Goosse : Le problème est absolument clair. Il y a quelque chose dans la fabrication des films qu'on peut retrouver dans la manière dont notre société évolue, c'est la démonstration de force, c'est systématiquement vouloir être plus fort et plus haut que son voisin. Et donc, malheureusement, dans l'esprit de beaucoup de gens, un bon son est un son qui va fort et pas un son qui est bien fabriqué. Ou qui est intelligemment structuré. Ça, c'est certainement une donnée principale. C'est aussi souvent parce que, malheureusement, les gens et les réalisateurs ont peut-être un manque de confiance dans leurs films. Un manque de confiance dans la qualité de ce qu'ils racontent, dans la qualité de leur objet cinématographique et qui donc, se disent : "Je veux que ça aille fort. Je veux que ça ait de l'impact, du punch, parce que c'est comme ça que je vais impressionner les gens".


ll y a quelque chose dans la fabrication des films qu'on peut retrouver dans la manière dont notre société évolue, c'est la démonstration de force (...).

P.B : Oui et quand tu es au cinéma, tu as une grande image donc tu te dis : je veux avoir un grand son aussi. Ce qui n'est pas faux mais il y a une différence entre un grand son et un son qui arrache.

© Netflix

A.G : C'est-à-dire qu'il y a une très grande différence entre un son qui va fort et avoir de la dynamique. Un son qui va fort, c'est dérangeant. Un film qui va trop fort, ça va à l'encontre du film, ça va à l'encontre de l'objectif que le film est censé atteindre. C'est mon opinion, c'est une opinion qui ne regarde que moi. Mais je me permets de la prendre ici. Alors que si on a de la dynamique, on laisse à l'auditeur la possibilité d'avoir son oreille qui se repose à certains moments, son oreille qui peut respirer, c'est presque physiologique chez le spectateur. Et au moment où on a besoin de mettre un événement qui surprend ou qui est fort, on n'a même pas besoin d'aller aussi fort que ce qu'on ferait autrement parce que la différence qu'il y a entre le moment fort et le moment "retenu" est telle que le spectateur, de toute façon, a l'impression que ça va très très fort. Parce que la différence est très grande. C'est ça, la dynamique. Il y a des réalisateurs très intelligents qui comprennent ça très bien et qui fonctionnent à plein là-dedans et il y en d'autres qui sont moins confiants dans leur capacité de juger ce type de choses et ont envie ou ont été trop influencés par des gens qui ont envie que ça aille fort sans arrêt et donc qui demandent que ça aille trop fort. Et comme dit Philippe, on n'arrive pas toujours à les raisonner.

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