• Maëlle Rey

AMENICLAP : Ep 02 - les monteur.ses images

Tous les dimanches, l'émission AMENICLAP est en direct sur la radio Pulse Air, installée trois étages au-dessus du Kinograph. Charles et Chloé interviewent différents acteur.ice.s du monde du cinéma. Retour sur le best-of de leur deuxième émission sur les monteur.euse.s image avec trois invité.e.s : Anne-Laure Guégan, Matyas verress et Alain Dessauvage.


Avant de découvrir une partie de leur conversation, il s'agit de revenir sur quelques termes. Premièrement, le métier de monteur.euse fait partie de ce que l'on appelle la post-production d'un film. Elle.il assure l'assemblage des plans et des séquences d'un film pour en exprimer l'essence virtuellement présente dans le scénario et, lors du tournage, recherchée par le.la réalisateur.ice. Les maîtres-mots de ce travail sont : structure, narration et rythme [1]. Un plan-séquence est un plan qui consiste en une prise de vues unique se déroulant en plusieurs endroits d'un même lieu ou successivement en plusieurs lieux reliés l'un à l'autre. Pour l'illustrer, nous pouvons citer quelques films ayant été tournés en plan-séquence : Elephant de Gus Van Sant, Victoria de Sebastian Schipper ou, plus récemment, 1917 de Sam Mendes.


Anne-Laure Guégan a monté, entre autres, Alleluia et Adoration de Fabrice Du Welz, Matyas Veress est principalement connu pour Mr Nobody de Jaco Van Dormael et Alain Dessauvage a récemment monté Girl de Lukas Dhont.

© Diaphana Distribution

Les plan-séquences


Charles : Quelle est votre charge de travail sur un plan séquence ?


Anne-Laure Guégan : Un film, ce n'est pas un plan-séquence. Même si le film a été tourné en plan séquence, c'est l'addition de plusieurs plans séquences. Le concept du plan-séquence, c'est de dire que le réalisateur va choisir un axe pour filmer une scène et ne va pas découper à l'intérieur. Mais malgré tout, le film sera une accumulation de plan-séquences donc notre travail est toujours là.


Alain Dessauvage : Même dans le film que je suis en train de monter fait avec des plan-séquences, il n'y en a aucun qui est resté comme il a été filmé. On a du couper de manière invisible, par exemple lorsque la caméra bouge de droite à gauche, tu peux couper sans que cela ne se voit parce que les plan-séquences ne sont jamais parfaits du début à la fin. Quand on fait un montage, il n'y a jamais une bonne prise. Il faut choisir les meilleurs moments de chaque prise. Et avec les plan-séquences, dans ce cas-ci, on devrait en combiner plusieurs pour en recréer un qui n'existe pas. Là, c'est peut-être du mensonge. En fait, le plan qu'on voit dans le film pour lequel le.la chef.fe opérateur.ice se dit : "Oh qu'est-ce que je suis génial, j'ai bien fait ça!" n'est jamais équivalent au plan filmé. Pareil pour les acteur.ice.s. Non, tout n'a pas été bien pendant tout le plan séquence. On a du faire marcher ça. En fait, je trouve que mon boulot, c'est de faire que les choses marchent car cela n'est jamais le cas. Mais ce n'est pas toujours évident.


Le boulot de monteur, c'est de faire que les choses marchent car ce n'est jamais le cas.

Matthias Verreyse : Le plan-séquence, ça peut être une technique pour avoir de la lenteur ou pour avoir tous les acteurs. J'ai monté un film où ils étaient douze, ils devaient être soûls, vraiment, il fallait faire monter l'énergie. Ils ont filmé cinq fois cinq minutes d'affilée. Ça donne une autre qualité de jeu que filmer des champs contre-champs où chacun.e lit sa réplique calmement. Il y a pleins de plan-séquences différents mais dans ce cas-là, c'est comme ce qu'ils disent. Il faut prendre le début de tel plan-séquence puis l'autre et faire semblant que ça passe.

© Twentieth Century Fox

Charles : Et donner l'illusion qu'il n'y a pas eu de coupe...


Matthias Verreyse : Ou bien on s'en fout et on accepte que c'est du montage.


Alain Dessauvage : Birdman - Iñárritu, 2014 -, ça a l'air d'être un plan-séquence mais en fait, c'est un faux et La Corde - Hitchcock, 1948 - c'est la même chose. Cela aussi c'est un plan-séquence sauf qu'à pleins de moments, la caméra passe devant une porte fermée, ça devient noir et ensuite, c'est le moment où ça coupe vers une autre prise.


Anne-Laure Guéguan : Et puis gérer une heure et demi de narration avec des rushs qui sont constitués de plan-séquences... Au-delà du fait qu'on travaille à l'intérieur des plan-séquences pour essayer de ruser, par exemple, c'est aussi la durée totale. Décider d'en enlever un ou de le mettre ailleurs ou d'enlever le début et la fin... On doit quand même de toute façon gérer un rythme global de narration.

[1] Définition de l'Université populaire des images.


Pour aller plus en profondeur sur le plan-séquence :

- France Culture, "Plan-séquence : un graal cinématographique, des origines à "1917".

- Les Inrocks, 12 plans séquences qui ont marqué le 21ème siècle.


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