• Laura Forestini

Les violences policières, de La Haine aux Misérables

Mis à jour : 9 déc. 2020


Entre « La Haine » et « Les Misérables », il y a 24 ans. Ces deux films nous ont offert, chacun à leur tour, un état des lieux des banlieues parisiennes. Ces deux narrations nous donnent à voir de la colère, de la frustration et de la haine qui rongent des habitants trop souvent laissés pour compte. Il est également question des tensions ressenties par les policiers. Il aurait été utopique d’espérer une évolution de la situation au cours de ces vingt-quatre années.



Voilà six mois que l’affaire George Floyd a frappé le monde entier. Cette affaire en a fait remonter beaucoup d’autres à la surface, affaires qu’on n’aurait jamais crue possibles chez nous. La colère populaire envers ces trop nombreuses bavures policières n’a cessé d’augmenter depuis et toutes les vidéos, les témoignages, les preuves de ces actes sont une douloureuse piqûre de rappel de ce que vit une partie de la population au quotidien. Des vies que Mathieu Kassovitz et Ladj Ly ont tenté de nous partager à travers leurs œuvres respectives en nous plongeant dans la réalité trop souvent banalisée de ces personnes invisibilisées par la société.


Les parallèles entre ces deux films ne sont pas négligeables. À deux reprises, on constate que l’aversion entre les deux « camps » grandit jusqu’à pousser cette petite société vers le gouffre de l’auto-destruction. De Vinz à Issa, on assiste à la même descente aux enfers provoquée par une rage envers le système qui les a mis dans cette situation sans jamais les aider à sortir de cette spirale sans fin. « Il n’y a ni mauvaises herbes, ni mauvais hommes. Il n’y a que des mauvais cultivateurs. », cette citation de Victor Hugo qui clôture « Les Misérables » (que ce soit son roman ou le film de Ly) ne pourrait mieux illustrer la situation dans laquelle cette population marginalisée se retrouve coincée depuis de trop nombreuses années.

Dans « La Haine » comme dans « Les Misérables », on retrouve une tentative de la part des réalisateurs de temporiser la colère que le spectateur pourrait éprouver envers l’institution policière. Ils nous montrent que le métier de policier n’est pas toujours une tâche aisée et qu’ils sont souvent eux-mêmes victimes de la haine populaire. Mais c’est toujours l’éternelle question de « qui a commencé ? quel acte a été le premier à déclencher le feu aux poudres ? ».

« Il n'y a ni mauvaise herbes, ni mauvais hommes. Il n'y a que des mauvais cultivateurs. »

Aujourd’hui, la France est en train de faire passer un projet de loi. Un projet qui entrave un droit des plus importants et pour lequel le peuple s’est longuement battu : la liberté d’expression. Un projet qui n’aurait pas permis à certaines violences d’être dénoncées car elles seraient probablement restées inconnues sans la contrainte de publicité utilisée sur l’usage de la force.


La Déclaration des droits de l’homme et du citoyen indique que la garantie des droits nécessite l’usage de la force publique et que cette force est instituée pour l’avantage de tous et non pour l’intérêt de ceux à qui elle est confiée. Le projet de loi qui interdirait de filmer les forces de l’ordre durant l’exercice de leurs fonctions est une atteinte à l’adjectif « publiques » qui qualifie ces forces. La situation que nous vivons actuellement légitime de plus en plus certains abus de pouvoir sous couverts de l’intitulé « situation de crise ».


Ce projet de loi fait-il partie de ces abus ? La crise que nous traversons va-t-elle nous replonger dans la cécité et le déni dont nous avons longtemps fait preuve ?


Laura Forestini

étudiante en Sciences politiques à l'Université Libre de Bruxelles (ULB)

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