• Margot Houget

Être étudiante en cinéma en pleine pandémie

Difficultés à trouver des lieux pour filmer, accumulation des contraintes de tournage, il n’est pas facile de réaliser un court-métrage de fin d’études pendant le Covid 19. Margot Houget, est étudiante à la LUCA School of Arts à Bruxelles dans un Master en arts audiovisuels. Elle tente de mener à bien son film de fin d’études, malgré les obstacles générés par la pandémie. Témoignage.

Margot Houget, étudiante en cinéma à la LUCA School of Arts

Rue des Palais, derrière les murs en briques rouges d’un grand bâtiment, se cache une école de cinéma. La LUCA School of Arts, située dans la commune de Schaerbeek à Bruxelles, accueille environ un millier d’étudiants en bachelier ou en master dans différents domaines artistiques tels que le cinéma, la photographie ou encore le graphisme. J’ai choisi d’ y intégrer un programme international en arts audiovisuels dispensé en anglais. Il réunit des étudiants venus des quatre coins du globe. Au total, une année académique nous est donnée pour réaliser un court-métrage d’une vingtaine de minutes et écrire un essai en lien avec ce dernier.


À la rentrée, chaque étudiant du master se voit attribuer un tuteur ou une tutrice qui l’encadre dans la préparation de son film de fin d’études. J’ai personnellement la chance de recevoir les précieux conseils de la réalisatrice belge Dorothée Van den Berghe*. J’ai toujours eu une idée bien précise du court-métrage que je voulais développer. Depuis septembre, je me suis lancée dans la réalisation d’une fiction sur le don d’ovocytes en Belgique et le parcours de deux femmes, en y mêlant éléments réalistes et touches de poésie. Des étoiles dans les yeux quand je travaille sur ce projet, il m’anime quotidiennement et rythme mes journées.

Rosie & Moussa, film de Dorothée Van den Berghe, sorti en 2017

Prendre la plume pour le scénario


J’ai d’abord mis plusieurs mois à façonner mon scénario. J’écris normalement dans les cozy cafés de la capitale bruxelloise, mais impossible de m’y rendre cette année, puisqu' ils étaient fermés. J’ai dû me résigner et rester dans la petite chambre de ma colocation. Au début, l’inspiration a eu du mal à germer, mais elle a fini par me gagner. J’ai commencé par faire des recherches sur le don d’ovocytes en pianotant sur Internet, puis j'ai interviewé des femmes qui avaient entrepris la procédure.


J’ai ensuite imaginé des scènes dans ma tête, je les ai inscrites sur des feuilles blanches et les ai collées un peu partout dans ma chambre. Au fur et à mesure, la structure narrative est apparue donnant naissance au pitch du film : À Bruxelles, une étudiante fait un don d’ovocytes en échange de 2000 euros. Une quadragénaire s’apprête à bénéficier des ovocytes d’une donneuse pour tomber enceinte.

Visuels du court métrage de Margot - Source Instagram compte Bloodmilkwomen

« La poule aux œufs d’or s’appelle Maïa », c’est le titre que j’ai donné à mon court-métrage d’une vingtaine de minutes. Il traite d’un sujet relativement peu connu : le don d’ovocytes, qui consiste à donner ses ovules à une autre femme pour qu’elle puisse porter un enfant. Par le film, je me focalise sur les bouleversements physiques et physiologiques que peuvent provoquer les traitements hormonaux lors de ce don aussi bien sur la donneuse que sur la receveuse. Je désire mettre en valeur deux expériences féminines en ayant recours à un cinéma corporel et montrer ainsi une autre facette de l’infertilité.


Réaliser un court-métrage pendant le Covid


La réalisation d’un film et le Covid 19 sont clairement un oxymore. Au vu des difficultés que rencontrent de nombreux étudiants, l’école a étendu la date de rendu du film jusqu’en septembre alors qu’elle était initialement prévue en juin.

La pré-production d’un court métrage étudiant est extrêmement compliquée en raison des contraintes sanitaires. D’abord, parce que, l’accès au matériel technique sur le campus est limité. D’autre part, parce que, trouver des lieux de tournage pendant la pandémie c’est comme chercher une aiguille dans une botte de foin : une mission quasi-impossible. Par exemple, certaines scènes de mon court métrage se déroulent dans un hôpital, et autant dire que les réponses sont, jusqu’à présent, toutes négatives pour les tourner.

Et c’est sans compter les formalités administratives qui s'accumulent. Il y a quelques semaines, j’ai dû remplir un formulaire de 25 pages pour organiser une scène du tournage en juin et m’assurer qu’elle serait en adéquation avec les mesures sanitaires. Côté financement, je peine également à récolter des fonds. J’ai lancé une plateforme de crowdfunding, mais peu de personnes y contribuent.

C’est évident, la motivation en prend un coup. La réalisation d’un film est déjà une épreuve éprouvante en soi et la crise du Covid 19 ne vient qu’ajouter des barrières supplémentaires. Heureusement, j’ai la chance d’être bien entourée par mes professeur·e·s et par mon équipe technique qui me motivent quotidiennement dans ce projet. Malgré les défis que soulève la pandémie, je suis excitée par l’approche du tournage et je travaille sans relâche sur la préparation. Les premiers tests caméra ont été concluants, les répétitions avec les acteurs commencent dans quelques jours et j’imagine les costumes et les décors avec mon équipe.


Plus que quelques semaines de patience, le tournage est prévu la première semaine de juin sur Bruxelles. Quant au film, il devrait voir le jour en septembre. J’espère ensuite pouvoir l'envoyer dans les festivals en Belgique et le faire voyager sur la scène internationale. Je l’accompagnerai alors volontiers aux quatre coins de la planète.



Margot Houget,

étudiante à la LUCA School of Arts


*Dorothée van den Berghe a notamment réalisé “Meisje”, “My Queen Karo” et “Rosie & Moussa”.


- Le crowdfunding du projet est disponible ici.





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